« La misère du monde »

La plupart des immigrés ne sont pas des misérables dans leur pays , et l’immense majorité ne vient pas à la nage ou cachée dans des containers. Et même ceux là , souvent , payent des passeurs à prix d’or . Ce n’est donc pas le paysan déplacé , réfugié , malade et sous-alimenté qui émigre mais au contraire , qu’ils soient clandestins ou non , des urbains en bonne santé relative , possédant un pécule suffisant pour payer le voyage , les documents etc.

Ce n’est donc pas « la misère du monde » qui s ‘abat sur la France . Celle-ci n’ a aucunement les moyens de quitter son village et encore moins d’embarquer – légalement ou non – dans un moyen de transport intercontinental .

Les quelques cas de ruraux qui tentent le voyage sont en général des envoyés d’une communauté qui s’est cotisée pour expédier un de ses membres , chargé ensuite d’envoyer de l ‘argent sur place .

En Afrique , des communautés sont spécialisées depuis toujours dans le commerce itinérant . Elles ont simplement reculé les limites de leur zone d’activité jusqu’en Europe . La diaspora chinoise et ses tontines fonctionne avec un système similaire .

Ce sont donc plutôt les classes moyennes des pays pauvres qui émigrent , voire leur pègre , mais pas les exploités .
Ou alors c’est que ces pays ne sont pas si pauvres que cela , puis que leurs ressortissants les plus miséreux ont de quoi payer la traversée d’un ou deux continents , les documents administratifs (vrais ou faux) , les transports , l’hébergement , la nourriture jusqu’ à une éventuelle prise en charge , souvent par la partie déjà installée de la communauté .

Il y a bien sûr des aventures individuelles plus dramatiques , mais c’est loin d’être la norme. Il faut cesser de noircir le tableau : les immigrés ne sont pas , dans l ‘ensemble , des réfugiés poussés par la guerre et la faim (ceux là restent sur place dans des camps de misère , incapables de partir faute d’argent) mais plutôt des aventuriers guidés par l‘attrait de pays supposés riches où la consommation est reine et l’argent facile . Celui qui émigre est déjà acculturé , urbain , sans attaches et pas toujours le plus utile ni le plus méritant du quartier .

Il convient de s’interroger sur cette notion de misère . Dans beaucoup d’endroits du monde , la vie n’est pas facile mais n’est pas non plus cauchemardesque . D’ailleurs les riches s’y dépaysent en touristes et n ‘ont de cesse que d‘en vanter le mode de vie des habitants . Quand les sociétés traditionnelles n ‘ont pas été bouleversées , les gens ont des vies simples mais plutôt harmonieuses , surtout hors des villes et à condition qu’il n’ y ait pas trop de touristes idiots justement .

Hors des cas de guerre ou de famine , les gens n’émigrent pas par nécessité , mais par fascination pour les lumières des néons , les pétasses du Rn’ B et les BMW vues à la télévision du village . Beaucoup d’arrivants sont d’ailleurs déçus par ce mythe de l’ Occident Eldorado , entretenu par ceux qui , partis , n’admettrons jamais leur échec cinglant.

Car disons-le , hors du crime organisé , il n’ y a aucun espoir de réussite sociale authentique aujourd’hui dans le monde développé pour ces populations , et bien peu pour leur descendance. Elles ne font que s’approcher de la vitrine de Noël mais n’entreront jamais vraiment dans la boutique.

Quelle est la vraie misère ? Vivre sobrement de la pêche dans un village côtier du Sénégal avec un pouvoir d’achat qui permet tout juste d’acheter un poste de radio par famille tous les cinq ans , ou bien se retrouver complétement acculturé dans un HLM de la Courneuve en hiver , avec des mômes camés ultra-violents et , au mieux , un boulot de nettoyage à Rungis et le RER de six heures du mat ?

Ce qui se passe en Afrique et surtout en Chine n’est pas nouveau pour nous autres Européens . Nous sommes passés par là . Pendant plus d’un siècle et demi , un gigantesque exode rural a vidé les campagnes au profit des mégapoles d’ Europe et d’ Amérique , et le surplus humain a été avalé par des guerres quasi – génocidaires . Des milliers de paysans , pauvres mais pas forcément malheureux ont quitté la terre pour le mirage du monde industriel. La plupart n’ont trouvé que Germinal , la tuberculose et les tranchées . La vraie misère …

Collectivement , et une fois le pus gros du bouleversement derrière nous , le bond technologique et éducatif a effectivement permis une courte période de prospérité , qui s’achève . A quel prix pour les individus…

La misère et le bonheur sont des notions très relatives .

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