Papous et banlieue

En Nouvelle Guinée , il y a peu , des guerres ritualisées opposaient les tribus voisines. Le déroulement des faits était toujours à peu près identique. Afin d’éviter l ‘endogamie, un fier guerrier enlevait une fille de la tribu d’en face ( en général consentante et déjà  « approchée » ) . La Tribudenface, très contente de se débarrasser d’une bouche à nourrir, faisait semblant d’être vachement colère. Elle se pointait à la frontière (en général une petite rivière sur terrain plat ) , en armes et avec toutes ses plumes. La tribu du mari proposait alors quelques cochons , mais pas trop .

La tribudenface estimait évidemment que ce nombre insuffisant de cochons était une offense. Les filles de chez eux , réputées pour leur énorme nez en forme de pomme de terre et leur fessier envoutant valaient au moins deux ou trois fois plus de cochons , ainsi que de nombreuses plumes de casoar , du sel et même quelque gros coquillages fossiles qui servent de monnaies en ces terres brumeuses .

Pas d ‘accord sur le prix , la tribu du mari avait juste le temps de se maquiller un peu et de dépoussiérer les grands boucliers de guerre avant de se pointer à la castagne .

Une fois tout le monde face à face (environ une centaine de part et d’autre), on s ‘insultait copieusement. Les insultes sont les mêmes sur toute la planète , la plus courante consistant à remettre en cause la virilité des guerriers, à leur suggérer de servir de femelle et à faire la cuisine .

Quand la dose d’insultes et de menaces est considérée comme insupportable , un Chef ayant par exemple été invité à se faire sodomiser par ses morts (on ne plaisante pas avec les morts là bas , ils reviennent souvent), tout le monde se fout sur la gueule (on pourrait croire que les armes en bois dur font moins de dégâts, c’ est une erreur. Un coup de casse tête phallique dans les gencives ou une flèche dans l ‘œil valent bien un coup de fusil) .

Il est d’usage de s’arrêter au premier mort ou au premier blessé sérieux. Les sociétés traditionnelles sont sages , les papous savent qu’ils ne gagneraient rien en allant plus loin , alors qu’au contraire cette violence rituelle était régulatrice des populations , un guerrier meurt , un autre va naître .

Puis tout le monde va manger ensemble les cochons de la dot , tous réconciliés , car avant d’être de la tribudenface on est un Papou des Highlands , tous cousins , avec la même terre , les mêmes mythes , les mêmes cochons et les mêmes femmes aux si grosses et belles fesses et au nez si joliment patatoïde .

A Evry, on est loin , très loin d’être aussi civilisé .

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One response to “Papous et banlieue”

  1. kobus van cleef says :

    Y a pas qu’à Évry qu’on soit pas civilisé
    à Versailles, ou à Rethondes, villes tristement célébres ,où furent signé des traités mortifères…..
    Enfin…… si l’humain était, d’une façon générale, intelligent, il n’aurait pas besoin de valoriser une caste de décideurs pour faire les conneries à sa place….

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